LAZARE PONTICELLI, LEGION ETRANGERE,

Nous sommes au début de l'été 1914 et, Lazare Ponticelli, se présente à la caserne du premier régiment de marche étranger, boulevard Richard Lenoir à Paris (il refuse d'être incorporé dans l'Armée de Garibaldi car il veut absolument combattre dans un régiment appartenant à la France). Il renoue contact avec son frère Céleste qui, lui aussi, souhaite s'engager dans la Légion. Les deux frères sont mobilisés en même temps et rejoignent Nîmes pour deux semaines d'instruction. Ils reçoivent quinze jours de complément de formation militaire dans la région d'Avignon. Ils sont alors envoyés au front, vers Soisson. La bataille y fait rage. Son frère Céleste est blessé, à ses côtés, au Chemin des Dames : c'est Lazare qui lui prodigue les premiers soins. Les combats sont terribles et nombreux sont les camarades qui tombent morts ou blessés. Certains, encore en vie, restent coincés dans le no man's land entre les deux lignes : les brancardiers ne veulent pas prendre le risque d'aller les chercher. Une fois, peu après une attaque en Argonne, Lazare n'en pouvant plus d'entendre les cries d'un camarade agonisant entre les lignes, prend le risque d'aller le chercher. Durant cette nuit, il sauve la vie de deux soldats : un Allemand blessé, père de deux enfants, qu'il parvient à ramener dans la tranchée allemande ; un soldat français, blessé par un éclat d'obus à la jambe, père de quatre enfants, qu'il tire jusqu'à la tranchée française. Les conditions de vie au front sont dures : l'eau, la boue, les rats… Lazare Ponticelli combat ainsi à Soisson (au Chemin des Dames), en Argonne, à Verdun (Douaumont,…). Le fort de Douaumont, tenu par des français, est encerclé par les Allemands. Le bataillon de Lazare Ponticelli est envoyé à l'attaque, avec pour objectif de le libérer. Les Allemands sont mis en fuite. Les troupes françaises se trouvent un instant face à face : ordre est donné au bataillon de Lazare de cesser de tirer. Lors de l'entrée en guerre de l'Italie en mai 1915, Lazare Ponticelli est encore à Verdun, dans les tranchées. La France le démobilise et le met à disposition de son pays natal. Mais il refuse de rejoindre l'Italie et Turin : il retourne à Paris. Durant six semaines, avec son frère, ils vont travailler à monter des cheminées et des réservoirs. Fin 1915, il doit rejoindre l'Italie pour participer aux combats contre l'Empire d'Autriche-Hongrie. Ce sont les gendarmes qui l'obligeront à quitter la France et qui, par la force, l'amèneront à Turin. Il est incorporé dans la 159ème Compagnie militaire du 3ème régiment de chasseurs alpins italiens. Le temps de constituer le bataillon à Susa (une ville des Alpes située au pied du Lac du Mont-Cenis), il part combattre au Mont Pal Piccolo, dans le Tyrol (son expérience de la guerre le dispense de la période de formation militaire). Il participe à un épisode de fraternisation entre soldats italiens et soldats austro-hongrois, à Pal Piccolo, en pleine montagne. Durant plus de trois semaines les hommes des deux camps ne se tirent plus dessus : ils échangent des aliments et effectuent des rondes mixtes, sur la ligne de front. La fraternisation s'étend. Les officiers autrichiens et italiens se réunissent : sa compagnie passe en conseil de guerre. Lazare Ponticelli et ses compagnons risquent le peloton d'exécution. Mais ils sont réaffectés sur le Monte Cucco (en Slovénie actuelle) face à une compagnie autrichienne d'élite. Lors des attaques il doit faire face aux gaz et balles adverses ; les morts italiens sont nombreux. Il parvient, au bout d'une journée de tirs incessants avec sa mitrailleuse FIAT, à conquérir une portion de tranchée ennemie : 250 Autrichiens sont fait prisonniers ; Lazare est blessé au visage par un éclat. La blessure est bien infectée. Le chirurgien doit intervenir au plus vite. Ponticelli est opéré sans anesthésie : quatre de ses camarades doivent le tenir. Après une période de convalescence dans la région de Naples, il repart au combat au cours de l'année 1918. Les Autrichiens reculent. Des troupes françaises combattent maintenant aux côtés des Italiens. Un soir, des Français sont attaqués par des soldats autrichiens. Lazare les couvre avec sa mitrailleuse. Cette action lui vaut la Médaille du Roi, la plus haute distinction de l'Armée italienne. Il apprend la signature de l'Armistice lors d'une attaque à Monte Grappa : Italiens et Autrichiens lèvent les bras, ils sont fous de joie.

Après la guerre, il participe à des missions de sécurité intérieure en Italie. Il est démobilisé en 1920 et retourne à Paris chez son frère Céleste. Avec leur troisième frère Bonfils, ils sont employés au montage/ démontage de cuves et de cheminées. En 1921, Lazare, Céleste et Bonfils créent leur société " Ponticelli frères ", une société de fumisterie. Ils installent leur atelier à Paris, rue Damesnes, puis au 69 de l'Avenue d'Ivry, dans le 13ème arrondissement. Les chantiers se succèdent : ravalement de cheminée d'usine, montage et démontage de cheminée,… Lazare Ponticelli se marie avec Clara, une française, au cours de l'été 1923. Ils auront trois enfants. L'activité de la société se diversifie : montage d'unité de stockage pétrolière, vérifications de chaudières,… Lazare a en charge la direction de l'atelier de l'avenue d'Ivry. La société prend de l'essor dans les années 30 avec l'obligation de raffiner sur le territoire national : les contrats de construction d'usines et de cheminées de raffinage se multiplient. En 1938, Lazare Ponticelli a la douleur de perdre son jeune fils Jean. En 1939, les trois frères obtiennent la nationalité française par naturalisation. En mai 1940, Lazare et sa famille partent en exode dans le sud de la France, à Berre : l'armée allemande approchait en effet dangereusement de la capitale. Fin 42, Lazare obtient un laissez-passer pour Paris. L'activité y est fort réduite. Il est blessé sur un chantier par un madrier qui le heurte à la tête. Il en garde la marque à l'arrière du crâne. Il détourne vers Beaumont (France) des wagons d'obus destinés à l'Allemagne. Lors de la libération de Paris il aide les FFI en mettant à leur disposition les véhicules de la société ; il aide également à blinder les portes et confectionne des cocktails Molotov.

Après la guerre les commandes reprennent, et il y a beaucoup de travail de reconstruction. La société " Ponticelli frères " décroche des contrats avec Béghin, pour monter des cuves de récupération de sucre. Avec l'aide financière américaine, l'industrie pétrolière française se reconstruit. Au début des années 50, le groupe Ponticelli voit le jour avec la création de la société Pontic, spécialisée dans la tuyauterie industrielle. Cette dernière décroche des contrats d'installation de tuyauteries thermiques et pétrolières : beaucoup d'unités de raffinage du pétrole voient le jour. En 1955, les bureaux de "Ponticelli Frères" sont transférés à Vitry-sur-Seine. Lazare Ponticelli s'occupe maintenant de la gestion des matériels de l'entreprise ; il prend sa retraite au début des années 1960. La société " Ponticelli Frères " est aujourd'hui une des plus importantes sociétés de levage et de tuyauterie industrielle en France : elle emploie plus de 2000 salariés à travers le territoire national. A 110 ans, Lazare Ponticelli vivait chez sa fille, au Kremlin Bicêtre. Il aimait à livrer son témoignage aux personnes qui le visitaient : - " Nous avons fait une guerre sans savoir pourquoi nous la faisions. Pourquoi se tirer dessus alors qu'on ne se connaît pas ? Il y avait des gens qui avaient des familles à nourrir". - " Avant de passer à l'attaque, les camarades et moi on se disait : si je meurs tu penseras à moi. C'est pour ça que, depuis que la guerre est terminée, je vais tous les 11 Novembre au monument aux morts ." - " J'ai tout appris de quatre à sept ans et, ce que mon père m'a dit, je ne l'ai jamais oublié : avec le courage on arrive toujours à ses fins ; bien sûre on vit des mauvais moments, mais aussi des bons." Conscient d'être un des derniers témoins de cette époque, il écrivit ses mémoires pour les futures générations dans un ouvrage publié par la Ville du Kremlin Bicêtre (1). Monsieur Ponticelli était chevalier de la Légion d'honneur au titre d'ancien combattant de la guerre 14-18. Il était également un des trois derniers vétérans italiens de la Grande Guerre. Jusqu'en 2006 et 2007 , il participa aux cérémonies du 11 novembre.

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